Conférence : "l'Amour en soi"

 

Qu’est ce que l’amour, comment le faire vivre en nous ?

 

L'Amour, est bien souvent vécu comme passion et attachement (en grec la concupiscence, qui signifie : désirer ardemment), alors que l’Amour, si on consent à laisser vivre en nous sa véritable dimension, est en fait une voie de libération. Et cette dimension est en chacun de nous !

 

Alors qu’est ce que l’amour, et comment le faire vivre en nous ?

Cherchons donc, ensemble, à mieux saisir ce qu’est véritablement l’amour, pour mieux le laisser s’épanouir, et le laisser aller vers les autres.

L’amour se décline sous quatre formes ; en grec ancien elles s’intitulent :

  • Agapè : l'amour désintéressé, divin, universel, inconditionnel
  • Éros : l'amour naturel, le plaisir corporel
  • Storgê : l'affection familiale, l'amour familial
  • Philia : l'amitié, l'amour bienveillant, le plaisir de la compagnie

 

Deux sentiments, deux façons de se relier à la vie, vont permettre de se vivre en harmonie :

La Confiance, et l’Authenticité.

Confiance en soi, confiance en l’autre.

Authenticité envers soi même, envers notre profondeur d’être, notre âme, et Authenticité dans notre relation à l’autre, aux autres.

S’aimer soi-même, d’abord, est-ce égoïste ? Non ! A moins d’avoir une interprétation erronée de ce qu’est l’amour, alors :

Pourquoi est-il si difficile de bien aimer ?

Pourquoi les tensions, les conflits entre les êtres ?

Pourquoi cette tension à l’intérieur de nous, qui nous afflige, ou dont nous tentons de nous libérer en la projetant sur les autres ?

 

La première représentation de l’Amour : Maman !

 

Maman avec qui j’ai fait un, ou une. Neuf mois passés à l’intérieur d’elle, quand ses émotions étaient mes émotions. Un paradis, ou déjà un état de dépendance, pour survivre !

Puis vient la naissance, brutale. L’arrivée au monde, son immensité.

La fin de la fusion, et cette fin peut être le début de l’ouverture, du chemin vers l’autonomie, de la liberté d’être, mais peut-être aussi le début de la fermeture, de l’abandon de soi, pour survivre !

Le chemin de l’amour est difficile, semé de quelques embuches qui nous mettent au défi de le trouver en nous-mêmes. Tout petit, vulnérable et immature, nous débutons ce cheminement vers l’amour, en ayant besoin d’être aidé, d’être aimé !

Mais voilà, nos parents, nos référents si chers à nos cœurs, si importants à notre vulnérabilité, eux-mêmes n’ont pas toujours été bien aimés. Et les voilà bien empruntés pour nous élever, nous éduquer, au risque de nous dresser, nous formater, ou nous délaisser.

Combien d’entre nous ont-ils pu constater que ces parents censés nous protéger, nous aimer inconditionnellement, nous transmettent plus souvent leurs peurs, leur désamour d’eux-mêmes, leurs non-dits, leurs errements….
Mais il arrive cependant que, dotés d’un certain niveau de conscience, pacifiés, ils permettent à l’enfant, et son potentiel créateur, de cheminer vers sa propre liberté, sa créativité. Dans ce cas, celui-ci a quelques chances de s’ancrer plus aisément, et de croire en lui. Il peut s’autoriser à croître.

D’autres adultes vont traverser notre enfance, à l’école notamment. Selon les cas, ils se montreront justes, ou indifférents, ou maladroits. Eux aussi tentent de faire avec ou contre ce qu’on leur a appris, ce qu’on leur a inculqué. Certain établiront avec les enfants une relation d’égalité, d’autres une relation de pouvoir. Face à un processus de punition-récompense mis en place par le monde adulte, et donc régulièrement confronté à des manifestations trompeuses, l’enfant peut forger peu à peu en lui la notion trompeuse et manichéenne du bien et du mal, comme s’il était sommé de choisir son camp.

Un réflexe sécuritaire l'emporte peu à peu sur la liberté d’être.

 

La Domestication

 

Dans un processus de domestication, les adultes, la société, incitent bien souvent l’enfant à taire sa spontanéité, à taire sa différence, à se conformer. Ainsi, se brise progressivement l’élan joyeux et insouciant qui l’orientait vers sa propre connaissance de lui-même, vers sa propre légitimité.

Cette unité brouillonne de l’enfant, qui a juste besoin d’être confortée, accompagnée en douceur et avec bienveillance par les adultes, est ici mise à mal ; face aux interdits sévères ou confus, face aux contraintes injustes, l’unité de l’être se rétracte peu à peu, se morcelle, alors que des choix doivent être faits. Le doute grandit.

En grandissant, ou plutôt en vieillissant, le réflexe sécuritaire de l’individu va mettre des échappatoires en place, afin de mieux s’oublier tout en donnant satisfaction aux injonctions sociales, c’est le début des masques sociaux. Conditionné, on finit par s’identifier progressivement aux rôles que l’on joue.

Se construisant sur un mode réactif, ces systèmes de personnalités nous éloignent peu à peu de notre essence.

L’enfant est une éponge, il reçoit les peurs de ses parents, les fait siennes, alors qu’il ne demandait pas mieux que recevoir l’amour de sa famille, pour le faire sien. 

 

Quel est le contraire de l’Amour ? Eh bien la peur, tout simplement !

 

Peur de mal faire, d’être mal compris, de mal transmettre, de se faire avoir, d’être trahi, abandonné, humilié. Et face à ces peurs, on peut être tenté de se méfier, de lutter, de vouloir avoir raison. Face à ces peurs se construit l’amour erroné, basé sur la possessivité, la jalousie, la défiance…

Oui, alors que l’amour est souplesse, que l’amour est adaptation, que l’Amour est ouverture, que l’amour est vitalité, la peur n’est, elle, que rigidité ! La peur est combat, la peur est défiance, la peur est souffrance. Sachez que tout être qui souffre, ou fait souffrir, a peur. S’il semble fort, en se campant dans un rapport de force, ou dans le contrôle, ce n’est qu’apparence, forme, l’expression masquée de sa peur.

Finalement, dans nos vies respectives, au travers de nos multiples expériences que nous nous autorisons à vivre, nous avons toujours le choix entre l’amour de la vie et la peur, à tout moment. Et même après s’être égaré, fut-ce longuement, il reste toujours possible de rejoindre le bon chemin, par le biais de prise de consciences et de mises en acte, pour transformer sa vie. Il n’y a jamais rien à regretter, il n’est jamais trop tard. Regretter, c’est éviter d’agir dans l’instant présent, c’est se donner une excuse face à notre difficulté d’agir.

 

Relation au monde, relation aux autres

 

Regardons ce monde qui nous entoure. Y aime-t-on la singularité ? Vit-on chaque différence, chaque rencontre, comme une richesse potentielle pour chacun ?

Toi, l’inconnu qui te présente à moi, puis-je m’enrichir de ta différence, ou suis-je tenté de te fuir, sinon de faire de toi un second moi-même ? Vais-je tenter de l’emporter sur toi, de faire de toi un miroir déformant dans lequel je me contemplerai, fier de ma beauté, de ma supériorité, sinon accablé par mon sentiment d’infériorité ? Tout serait donc question d’image !

Agir en tentant d’embellir L’IMAGE que l’on renvoie aux autres, n’est-ce pas en premier lieu renoncer à la réalité de notre profondeur d’être ? N’est ce pas déjà se renier ?

Renier ce que je sens depuis toujours en moi, et que pourtant j’abandonne, peu à peu, par mes renoncements, ou par ma lutte de pouvoir, pour être plus fort ou légitime que celui qui me fait face, pour être protégé par lui, pour avoir raison…

Car l’Amour est Équité. Car l’amour me met en position d’écoute et me fait regarder chacun, chaque rencontre, comme mon égal. Je ne suis pas ton supérieur, et je ne suis pas davantage ton inférieur. Je suis moi, tu es toi, et nous sommes reliés par la relation que nous parvenons à établir ensemble. Cette qualité de relation, elle, dépend autant de toi que de moi.

 

L’amour est en nous !

 

L’Amour est d’abord Présence ! A soi, à l’autre. C’est une énergie bénéfique qui nous relie.

Puisque je me pose la question de l’Amour, où vais-je trouver cette réponse ? Se trouve-t-elle à l’extérieur, chez les autres, dans ce qui m’entoure, ou se trouve-t-elle en moi-même, enfouie, là précisément où je ne consens à porter le regard ?

Dans la crainte de mes ombres, et finalement honteux, ou indifférent à mon essence, ne suis-je pas le premier responsable de l’amour qui m’anime, qu’espère mon enfant intérieur, et de celui que je délaisse ?

Où en suis-je de mes pensées, si souvent cachées, dissimulées, où en suis-je de mes mots, où en suis-je de mes actes ?

Les pensées cachées, refoulées, sont dirigées par mon inconscient, elles orientent contre toute attente ma vie, et je perds mon libre arbitre.

Mes mots peuvent être beaux ou vulgaires, doux ou blessants. Mes gestes aussi.

Mes pensées peuvent être bienveillance ou pleines de jugement, de confiance ou de peur.

Mes actes peuvent être l’expression du don, comme de l’égoïsme.

Qu’est ce que je m’autorise à être ? Suis-je sincère ? Est ce que je fais semblant ? Suis-je en conscience ?

 

Mon amour de moi se donne à l’autre…

 

Suis-je heureux d’être, ou est-ce que je me juge ?

Si je me juge, je suis insatisfait de moi. Mes propres jugements d’insuffisance que je subis malgré moi ou tente de combattre en me montrant supérieur, s’avèrent le terreau de mes frustrations, de mes manques, de ma colère, de mon agressivité, de ma timidité.

Si je me juge, si je me cache, puis-je être tolérant envers autrui, envers ses faiblesses et ses limites apparentes, envers ce qu’il renvoie à mon regard et que je ne tolère pas ?

On m’a souvent renvoyé mes insuffisances, mes incapacités… Vais-je faire de même avec ceux, plus petits, qui viendront à ma suite ?

Je me regarde soucieux de vérité, de justice, et je me dis : ai-je le pouvoir personnel de faire autrement, d’être en amour, sans conditions ? Que vais-je transmettre ?

Je prends conscience de ce pouvoir de cultiver l’amour envers moi, et envers mes enfants, mes amis, mes voisins, mon amoureux, mon amoureuse, une personne que je croise incidemment quelques secondes. J’ai ce pouvoir de sourire, d’écouter, d’observer, sans penser à mal, sans crainte.  J’ai ce pouvoir de devenir acteur de la vie, de ma vie, de ne pas m’en sentir la victime. J’ai le pouvoir de ne plus jamais rendre quelqu’un d’autre coupable de mes états, de mes dépendances, de mes manques, de mes blessures. J’ai le pouvoir de me sentir de plus en plus libre ! Par le « je », en exprimant mes besoins, mes sentiments, en n’adressant plus à ceux qui me font face de « tu » accusateur.

 

Oui, confiance, authenticité, libre expression de moi-même, sans rien chercher à faire reconnaître de moi, sans chercher à être aimé. Puisque l’amour est en moi et qu’il me rend autonome, puisque je le sens vivre maintenant, pleinement, et que, dans chacun de mes actes, de mes pensées, de mes mots, je respecte et prend soin de cet amour que j’ai appris à comprendre, et aimer !

L’amour serait donc inconditionnel, puisqu’il se suffit à lui-même, puisqu’il ne se sent jamais seul, tout en aimant le partage, tout en aimant la présence de l’autre, sans jamais en dépendre. Cet autre qui ne m’encombre plus, que je ne crains plus, délivré que je suis des malentendus qui ont jalonné mon existence, heureux de mes blessures peu à peu cicatrisées, ces blessures que j’ai appris à regarder, que je remercie maintenant, puisqu’elles m’ont fait grandir en un parcours singulier.

 

Pardonner, se pardonner

 

L’Amour débute avec un grand pardon. Envers ceux qui nous ont fait du mal sans le vouloir vraiment, car eux-mêmes avaient déjà trop mal en eux, mais surtout par un grand pardon envers soi ! Pardon d’avoir tenté désespérément de devenir un être extraordinaire, tout en me sentant trop petit et incapable face à ce défi trop grand à relever. Ce grand pardon est la fondation du retour à l’amour et à la simplicité.

Aimer, c’est ne rien chercher à prouver, à justifier. Aimer c’est être en relation.

Aimer c’est VIVRE L’INSTANT PRESENT !

Aimer, c’est respirer l’instant, éprouver le souffle dans notre corps, savourer chaque surprise de la vie, que son apparence soit triste ou joyeuse.  Peu importe ce qui s’y passe, puisque dans chaque instant tout se dissipe, et que l’instant suivant recèle le mystère de la vie.

En établissant de nouveaux accords avec moi-même, je peux arrêter de me défendre de la vie, ne plus tenter de la contrôler, renoncer à souffrir, et je peux enfin dire oui à ce qu’elle me propose : danser avec elle !

 

Le retour de l’esprit

 

Si je permets à l’esprit de redevenir le Maître, l’ego reprend sa juste place de serviteur. L’égo désirait nous défendre, nous protéger, il voulait prendre soin de nous en posant des actes défensifs, et, convaincu de notre petitesse, nous avions conclu des accords erronés avec lui. L’esprit pratique le discernement, l’égo, s’il est livré à lui-même, pratique l’auto-défense.

L’égo, c’est l’expérience des savoirs faire. L’égo est fait pour servir, pas pour décider.

Fait pour servir une pensée consciente et pacifique. Fait pour servir l’Esprit.

Quand l’esprit dirige de nouveau notre vie, nous ouvrons les bras, nous nous sentons fiers de ce que nous avons vécu, et nous redécouvrons le plaisir de la spontanéité, de l’authenticité.  L’esprit pose un regard juste et pacifié sur les événements qui traversent nos vies, sur les séparations, sur les rencontres.

L’esprit aime le changement, sa prise de risque, sa part d’inconnu, qui nous fait croître. L’esprit nous permet de dire oui quand nous en avons envie, et de savoir dire non quand je sais que ce oui ne respecterait pas mon besoin profond, ou mon désir.  

Si je ne me trahis plus, je m’aime, et si je m’aime, je peux aimer.

Enfin s’exprime le langage du cœur !…

Quant à la suite… Elle vous appartient !